Congo: le Kivu dans tous ses états

Le Kivu Kubwa (grand Kivu), pour avoir été la Province du Congo la plus ouverte aux Pays limitrophes, est la porte d'entrée de tous ceux qui pensent que le pouvoir est au bout du fusil. Ce voisinage avec 7 des 9 pays limitrophes du Congo, donnait au Kivu un statut spécial même si les penseurs politiques n'y accordent aucune importance.

Comme on le dit bien souvent, la Politique d'un pays est inscrite dans sa Géographie. Avoir un pays aux dimensions si impressionnantes dont les 3/5 de sa population habitent la partie "Est", tournant le dos à la Capitale et littéralement dépendante linguistiquement et commercialement de l'Afrique orientale et des Grands lacs, devrait conduire à repenser le Congo. La nouvelle Constitution jette les bases d'une telle entreprise de "redéfinition" et il faudra bien que nous en discutions, le moment venu. Mais l’option de diviser le Congo en 25 Provinces étant inscrite dans le marbre de la Constitution de Février 2006, le Kivu kubwa ne correspond plus, maintenant, qu’à une réalité bien dépassée, même si l’esprit demeure.

Adossée sur les lacs Tanganyika et Kivu, la Province du Sud-Kivu est en prise directe avec la Zambie (par le port de Kalundu vers Mpulungu), la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda et, en quelque sorte, l’Uganda. Cela fait que la seule Province du Sud-Kivu relie le Congo à cinq (5) de nos neuf (9) voisins…A mi-chemin entre le Katanga (Sud-Est ) et l’Ituri (Nord-Est), la Province du Sud-Kivu est coincée entre la Chaîne des Mitumba et la Cuvette centrale, entre la Savane et la Forêt, entre les anciennes colonies allemandes (Rwanda, Burundi,Tanganyika) et britanniques (Zambie, Uganda) et le reste du Congo, le Sud-Kivu apparaît, à elle seule, comme la synthèse du Congo : dépendante de l’aire swahilie, elle n’en est pas moins une Province congolaise servant de « marche-pied », de « tremplin » politique pour ceux qui pensent que le Pouvoir ne peut s’exercer que de Kinshasa.

Proconsulat économique et culturelle, vue de Kinshasa et/ou de Dar es salaam, la Province du Sud-Kivu dépend des Ports de Dar es salaam, Tanga ou Mombasa,  pour les importations et exportations. A cette dépendance de caractère économique s’ajoute une autre dépendance bien plus insidieuse, la dépendance culturelle du fait de l’utilisation généralisée du Kiswahili dans le quotidien.

Ainsi donc, notre "géographie économique et culturelle" nous impose de revoir notre rôle dans un Congo appelé à se fonder sur des identités plurielles. Partant de l'idée souvent exprimée comme quoi les langues doivent être au principe des identités et des entités, je me dis bien que le Kivu se doit d'être la charnière de l'Afrique Orientale et des Grands lacs, tant ses deux battants (le reste du Congo, l'Afrique de l'Est) pivotent bien sur notre Province.

En se disant qu'on peut réellement fonder des divisions territoriales sur les axes (nande-hunde, lega-bembe-kusu, shi-fuliru-havu) dans une Province réunifiée, nous retrouverions le Kivu-Maniema qui permettrait d'avoir la Province la plus peuplée et la plus dynamique d'un Pays appelé à se définir beaucoup plus à partir des Grands Lacs que d'un Kinshasa trop éloigné de l'aire la plus dynamique et la plus intégrée du Continent qu'est l'Afrique Orientale et des Grands Lacs. Un tel Kivu, étoufferait toutes les prétentions territoriales et hégémoniques des Rwandais et des Burundais et nous situerait, comme Province-Etat, dans une position idoine pour discuter de l'apport du Congo dans la construction de cet Ensemble Régional Swahili, en train de se dessiner sans nous -et donc- contre nous.

C'est ainsi que le Kivu doit se définir comme Un (j'avais écrit, à ce propos, un bel article en 1997, dans la Semaine du Reporter à Kinshasa, intitulé "Kivu: wake up") car, les philosophes vous le diront, le Un et le Multiple ne s'excluent pas fondamentalement. Bien au contraire...car c’est que les autres appellent l’Unité dans la Diversité…