Le nouveau Congo et le «Swahilingala»

 

 Avec mon paradigme qui postule que «toute langue forge une identité, toute identité peut fonder une entité (administrative, politique ou culturelle) », j'aimerais attirer l'attention de mes compatriotes africains sur l'idée que le concept d'Etat-Nation, d'importation européenne, est en train de rendre l'âme sous la forte poussée de la Mondialisation et de la Régionalisation.

Dès lors, le CONGO est une réalité spacio-temporelle à repenser. L'écroulement du mur de Berlin ayant sonné le sifflet de la fin du match des blocs et de la guerre froide, nous devons imaginer un horizon nouveau pour notre pays en partant de sa position géographique et de ses configurations ethno-tribales. On le redira jamais assez: la Politique d'un pays est inscrite dans sa Géographie. En d'autres termes, le Congo doit tenir compte de ses équilibres démographiques, de sa  position centrale au niveau du monde bantu et du Continent africain, du dynamisme de ses composantes «ethno-tribales», pour proposer à l'Afrique Centrale et à l'Afrique Orientale des schémas politiques nouveaux partant de la place du SWAHILI et du LINGALA pour faire émerger une Communauté que nous dénommerons le «SWAHILINGALA»

La géographie du Congo en fait un pays pivot entre les savanes et  montagnes de l'Afrique de l'Est, d'une part, et les forêts et plaines de l'Afrique centrale, d'autre part. Chevauchant l'Equateur, regroupant essentiellement les populations bantu, à l'instar de tous ses voisins, le CONGO ne peut aucunement s'enfermer dans un «nationalisme» passéiste alors que nos frontières-passoires dans un sens comme dans l'autre nous poussent à regarder autrement l'espace que nous occupons et le rôle que nous dicte notre position.

Seul, au Congo, se parlent les deux seules langues qui permettent de se faire comprendre de l'Océan indien à l'Océan atlantique, de Mombasa à Matadi, de Zanzibar à Boma, de Bagamoyo à Mobayi...Que la plus grande langue du Continent et du Congo – le SWAHILI-, s'appuie sur la seconde langue du Congo -le LINGALA- pour créer un nouvel ESPACE culturel, économique et politique, doit être l'ambition de nouvelles élites, du nouveau pouvoir. Mais ces deux langues se doivent de garantir l'émergence, la défense et l'illustration des langues «ethno-tribales» à partir desquelles définir les découpages administratifs et politiques. Ainsi, telles des «poupées gigognes» les circonscriptions administratives doivent s'emboîter de la tribu, à l'Ethnie jusqu'à la Province et à l'Etat Central de telle sorte que l'authenticité des terroirs et des territoires se retrouvent représentée jusqu'au sommet.

Il s'agira d'un Congo nouveau qui doit déplacer les lignes et les axes à partir des impératifs de la Géographie et de la Sociolinguistique qui lui est sous-jacente.